jeudi 21 mars 2013

Dictionnaire parodique 4 : Kremlins


Kremlins  (Igor Dantiek, 1984)
[Titre original détourné : Gremlins, Joe Dante (1984)]

Le film sauvé de l’oubli grâce à Gorbatchev et sa politique de glasnost !

Russie, fin des années 40. Le jeune Ivan Pepetovitch arrive dans le camp de travail de Doubreïnsvok, perdu au fin fond de la Sibérie, pour y assurer sa fonction nouvellement acquise de garde. Les "zeks" (prisonniers du Goulag) qu’il est chargé de surveiller sont, outre quelques prisonniers de droit commun, de fervents dissidents du régime en place. D’emblée, le jeune homme est mis en garde par ses supérieurs : derrière ces hommes à première vue banals se cachent d’horribles monstres qu’il faut à tout prix garder enfermés, sous peine de mettre en péril l’équilibre du pays. Pour cela, il lui faut observer trois règles fondamentales : 1) ne jamais laisser les prisonniers sortir des bâtiments où ils sont cloîtrés ou des carrières où ils travaillent ; ils n’ont plus l’habitude de la lumière du jour ; 2) même s’ils se plaignent de la promiscuité, de l’hygiène rudimentaire et du travail salissant, ne jamais les laisser prendre de douches ; ils n’y sont plus habitués non plus, l’eau pourrait avoir un effet corrosif sur eux ; et 3) jamais, au grand jamais, leur donner à manger après minuit (ni même avant d’ailleurs) ; ils risqueraient de recouvrer leurs forces et de se rebeller.

Intrigué par ce curieux règlement, Ivan décide néanmoins d’obéir. Il se rend petit à petit compte que ces hommes que l’on présente comme des ennemis sont des êtres humains, comme lui, et qu’ils souffrent atrocement. Un soir, soit par pitié soit par bonté ou, tout simplement pour satisfaire sa curiosité, il décide de déroger aux règles prescrites. Si dans un premier temps, rien ne laisse soupçonner le moindre changement, les prisonniers acquièrent néanmoins un nouveau souffle de vie, une plus grande résistance et, surtout, une assurance qui déstabilise les gardiens. Mais bientôt surviennent d’effrayantes transformations physiques : plus vraiment hommes mais pas réellement animaux non plus, les zeks se voient dotés d’oreilles pointues, d’un regard bleu glacial, de griffes acérées et d’une peau mi-écailles mi-fourrure. Bien vite, la révolte éclate et, après avoir massacré l’ensemble des gardes du camp, les créatures débutent une marche victorieuse à travers tout le pays, scandant leur hymne (« L’ Anternationale »), saccageant des milliers de kolkhozes et s’attaquant à tous les Bolcheviks croisant leur route. Arrivés à Moscou, ils prennent d’assaut le Kremlin et anéantissent toutes les statues et autres symboles du pouvoir qui les a condamnés et relégués au ban de la société. Après avoir procédé au jugement public du dirigeant sur la Place Rouge, ils le livrent à la folie meurtrière du peuple. La liberté est alors proclamée et la faction révolutionnaire prend les rênes du pays. Les anciens zeks, conscients qu’ils ne retrouveront jamais leur forme humaine, décident de disparaître dans un grandiose autodafé sacrificiel. Ainsi se clôt un pan méconnu de l’Histoire soviétique et naquit la légende des Kremlins, ces monstres bienfaiteurs, héros inespérés et gloire nationale…

Près de trois décennies plus tard, Dantiek aurait un projet de suite : « Kremlins – la seconde génération ». Après avoir annoncé qu’il comptait faire appel aux Pussy Riot pour la bande originale de son film, le réalisateur a été déclaré "persona non grata" sur tout le territoire russe et s’est vu contraint de quitter le pays. À l’heure actuelle, nul ne sait ce qu’il est devenu… 

Rédigé par Gwendo. 
Affiche de Diana.

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